MINOTAURE

 WIP

par Jérôme Piroué.

Copyright 2026 et suivants.




"Break the code, solve the Crime."
Agent Cooper in "Twin Peaks" Saison 1, Episode 4. (1990)




((Les derniers textes affichés ou modifiés sont datés ci-dessous.))


GISELE
IL EST NE LE DIVIN HYDROCEPHALE (27.03.2026)
LE TIC (27.03.2026)
SANS TITRE 1
LA PATISSIERE
LUCETTE

SANS TITRE 2
LEGACY (25.03.2026)

BERTHE
MIREK (25.03.2026)
PEREC (25.03.2026)
UNE CHUTE TRES SECHE
LES CHOCOLATS (26.03.2026)
HOME ALONE (25.03.2026)
CE QUI M'ENERVE 
(25.03.2026)
PROPOS FOUS
LES SABLES (25.03.2026)
LE CALVAIRE DE DANTE 1 : GERALD DAMIEN ET MISSY JONES
SANS TITRE 3 (25.03.2026)
LES GATEAUX (26.03.2026)
THE END (25.03.2026)

PERSISTANCE
COCOON (25.03.2026) 
RISETTE DU MATCHA A RONDS « OKLAHOMA!» AUTOUR DE L'HIBISCUS.
PAUL LANCON SUR FACEBOOK EN 2017 
(25.03.2026)
TRANSGENRE.X 
(25.03.2026)
LES BONBONS A LA MENTHE (26.03.2026)

LUCIE S. SUR FACEBOOK EN 2020 (25.03.2026)
LE CALVAIRE DE DANTE : MUR
ON NE ME PAIE PAS AU MOT.




GISELE.

J’en ai vu des choses pas belles. J’avais un chien que ma voisine promenait souvent, une voisine depuis plus de 20 ans. Hé bien un jour, plus de chien ! Fini. Pourtant, je lui avais dit : « Tu prends le bus 5 en direction de Choulex, là tu marches cinq minutes en direction de Vandoeuvres. Y a un champ au bout du chemin de la Grenette, tu fais entrer le chien, tu le laisses gambader quinze minutes, tu le récupères et tu reviens. Vous croyez qu’elle m’aurait écoutée ? Mais rien du tout. Elle est allée à Troinex, elle a lâché Mirette n’importe où, Mirette est pas revenue, et la voisine elle est rentrée sans Mirette. Non mais je vous jure. Y a des gens qu’ont rien dans le crâne. Trois jours après, elle part en vacances avec son mari, et je l’ai jamais revue. J’étais effondrée. Et je peux vous dire, je l’ai cherchée, Mirette. Je suis allée à la Police, j’ai fait du porte-à-porte. Des gens m’ont dit qu’elle avait été récupérée par des chasseurs. Ils la gardaient dans une cage horrible, une crasse pas possible. Ils lui avaient coupé la queue et les oreilles, à la hache à ce qu’on m’a dit. Ils la nourrissaient plus, elle était maigre, mais maigre ! J’en faisais des cauchemars, je ne dormais plus, je pleurais tout le temps. Plus tard, on m’a dit qu’une autiste l’avait récupérée. Une autiste. Non, mais c’est malheureux. Maintenant j’ai Caboche, mais c’est pas pareil. Elle ne remplace pas ma Mirette. Jusqu’à ma mort, je la pleurerai.
Je ne m’en remettrai jamais.


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IL EST NE LE DIVIN HYDROCEPHALE


Je suis couché sur une surface dure et froide.

Une infirmière m’a demandé de me déshabiller jusqu’au slip et a vérifié que je n’avais aucun objet métallique sur moi. ni prothèses, ni pacemaker.

J’ai un peu froid, mais c’est supportable.
Elle me demande si j’ai froid, et je réponds que non. Je regrette presque immédiatement, parce qui si je dois rester allongé et figé plus qu’une demi-heure, et c’est effectivement prévu, je finirai sûrement par me les geler.
Elle revient après quelques minutes et m’explique le programme de l’examen que je vais subir. Elle suggère des tampons pour les oreilles, car ce sera assez bruyant. Je les accepte bien volontiers. Et un calmant léger.

« Certaines personnes en ont besoin. Ça les aide à se détendre et à supporter l’immobilité totale. »

« Non, non, ça ira, merci. »

Zut. Et si ça ne va pas ?

« Vous n’êtes pas claustrophobe ? »

« Non, pas du tout. »

Si, un peu.

«Et vous êtes sûr que vous n’avez pas froid ? »

« Non, non. »

Alors qu’elle s’éloigne, je m’imagine la retenir :

« Si, si, j’ai froid. Qu’est-ce que vous proposez ? »

En attendant son retour, je rumine des versions alternatives, et quand elle réapparait, c’est pour m’annoncer :

« On va y aller, alors. Vous êtes prêts ? »

Non, j’ai froid. Je ne suis pas bien installé. Je suis fatigué et j’ai faim et soif. Je sens venir une envie de pisser.

« Je peux écouter de la musique? »

Elle me sourit et me fait non de la tête.

« Vous aurez un miroir au-dessus des yeux qui vous permettra de voir le local de contrôle et si vous avez le moindre problème, vous actionnez cette poire. » Elle me la place dans la main, je l’écrase pour voir : une sonnerie retentit.

« Mais si vous le faites, ça mettra effectivement fin à la séance. Il faudra tout arrêter et peut-être fixer un nouveau rendez-vous. Vous êtes bien installé ? »

J’acquiesce.

Elle repositionne ma tête et l’immobilise avec des sangles, puis place deux gros plots très fermes contre mes tempes.

« Je pourrais bouger les pieds pendant la séance ? »

«  C’est mieux pas. »

« Et me gratter le nez ? Ou éternuer ?

«  Si vous devez le faire, faites-le maintenant. »

Je me dis que finalement, si ça échoue, ce n’est pas si dramatique que ça. On recommencera une autre fois.

« On y va, alors. A tout à l’heure. Courage. »

Pourquoi, « Courage » ?

Suit un long silence.
Grâce au miroir au-dessus de moi, je la vois s’affairer avec un assistant derrière une baie vitrée. Ou peut-être les deux se préparent-ils une soirée en amoureux.
On dirait qu’ils m’ont complètement oublié.

La voix de l’infirmière retentit soudain dans un haut-parleur, avec un écho métallique :
« Vous êtes prêt ? »
Non, en fait je pensais sortir me promener, tout sanglé et immobilisé dans mon carcan.

Et ça commence, à un volume difficilement supportable.
DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG.

Comme ça pendant presque deux minutes, puis un silence assez long, et ensuite :
BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM. BOM.

De nouveau un long silence, puis une nouvelle séquence de bruits de plus en plus forts. Je commence à compter les secondes, ayant déterminé que chaque séquence sonore dure entre une minute et deux minutes trente. En fait, je me trompe. Certaines sont plus longues que d’autres. Ou alors ma notion du temps commence à me jouer des tours.

Et une création techno de plus.

BITE. BITE. BITE. BITE.
BITE. BITE. BITE. BITE. BITE. BITE. BITE. BITE. BITE. BITE. BITE. BITE. BITE. BITE. BITE. BITE.
Ecrit, c’est bizarre, mais c’est vraiment comment je l’entends.

CUL. CUL. CUL. CUL….
Non, là, je déconne.

Sans m’en rendre compte, au bout de la quatrième ou cinquième session, j’entame des exercices de mâchoire, puis je commence à me frotter le crâne contre les plots. Mais, du coup, j’ai certainement bougé !
Je m’attends à tout moment à ce que l’infirmière vienne m’avertir que tout est à refaire, mais elle ne vient pas.
Une des pauses s’éternise.
Sa voix retentit à nouveau :

« On a fait la moitié. Ça va toujours ? »

« Oui, oui » je fais, mais je ne sais pas si je suis entendu.

Puis de nouveau :
ROM DOM DOM DOM DOM DOM DOM DOM ROM DOM DOM DOM DOM DOM DOM DOM ROM ….

Je repense au diagnostic de la neuropsychologue quelques jours plus tôt : des accidents cérébraux en cascade.
Mon esprit se dissout graduellement, se disperse dans le néant, portion par portion.
Je ne serai bientôt qu’un nuage.
Ou j’ai peut-être une tumeur qui grossit, grossit, grossit.
Il ne me reste peut-être que quelques semaines à vivre. Peut-être même moins.
Un gros coup de stress, un anévrisme, et hop, c’est fini.
Peut-être ne survivrai-je pas à cette journée?

PING PING PING PING PING PING PING PING PING PING PING PING PING PING PING PING PING PING PING PING
Et puis, y en a marre.
J’ai des fourmis dans les pieds. Je commence à les frotter l’un contre l’autre. Tout mon corps se tortille. 
J’ai foiré la séance, c’est sûr.
De nouveau un long silence, puis de nouveau la voix :

« C’est fini, je vais venir vous libérer dans quelques instants. Détendez-vous. »

Cinq minutes plus tard, je me rhabille, et l’infirmière me fait savoir que je pourrai examiner les images de l'IRM avec le technicien.
Celui-ci vient bientôt me chercher en salle d’attente.

« Alors, qu’est-ce que ça donne ? » je demande.

- Vous avez été parfait. Les images sont très nettes.

- Vraiment?

Je suis sincèrement surpris.

Il me montre des formes abstraites noires et blanches sur des larges feuilles de pellicule plastique. Je désigne une large zone toute noire :

«  C’est mon cerveau, ça ?

-  Non, là c’est du vide. Enfin, du liquide encéphalique. De l’eau, quoi. Votre masse cérébrale est ici »

Une bande pas très large, plus claire, sur les côtés de la feuille.

« Ça ? Mais y en a très peu ! »

Je n’arrive pas à y croire.

«Votre cerveau a emmagasiné toute cette eau qui normalement évacue par le cuir chevelu. Chez vous, elle ne s’évacue plus, alors l'eau s’accumule, s’accumule, poussant la matière cérébrale contre les parois. Vous avez des maux de tête fréquents ? »

J’acquiesce.

« Ce n’est pas étonnant. Depuis longtemps ?

- Deux ou trois ans peut-être. Du coup, c'est grave ?

- Non, ça s'opère. Mais à votre âge, il ne faut pas espérer une amélioration. Ce qui est perdu est perdu. On peut par contre stabiliser le processus. Empêcher qu'il ne s'aggrave.

J'ai du mal à intégrer toutes ses informations. C'est trop, trop vite.

- Et donc, la cause de mes maux, ce ne sont pas des accidents cérébraux ? Je pensais voir des tas de petites tâches.

- Des accidents ? Ah non, pas du tout. Qui vous a parlé de ça ?

- Une neuropsy. Mais alors, j’ai quoi ?

- Vous ? Vous êtes hydrocéphale. Enfin, vous avez une hydrocéphalie de l’adulte.

Je suis hydrocéphale.
De retour dans la rue, j’hésite entre aller me remettre dans un café et reprendre le travail.
Je n’ai pas le cœur à ruminer. J’opte pour le retour au magasin.
J’ai des vertiges et je manque à tout moment de tomber.

Je suis hydrocéphale.
Il y a beaucoup de circulation.
Nous sommes en juin 2004. J’ai quarante-cinq ans. C’est le début des soldes d’été et des départs en vacances. Ça se bouscule un peu partout.
Beaucoup d’enfants particulièrement, des familles. Des couples amoureux. Des gens qui s’affairent et se pressent en tous sens.

Je suis hydrocéphale.
Ma vie s’arrête là. C’est terminé.
Il n’y a pas de réelle guérison. Pas de retour en arrière.

Je suis hydrocéphale.
Je tente de me convaincre que c’est un rêve.
Je vais bien. Je respire, je marche. Je pense. Donc je suis.
Hier, je me suis baigné au lac. J’ai mangé un banana split avec Bridget. On s’est fait un film. On a fait l’amour. Et bientôt, on le refera.
Ma vie n’est pas finie.
La chanson n’a pas changé.

Si, elle a changé. Elle a un nouveau refrain.
Je suis hydrocéphale.
Je n’ai plus qu’à en réécrire les couplets et à vivre avec.

Je suis hydrocéphale.

Je suis hydrocéphale.

Once more, with feeling.


LE TIC

Autour de 2013, j'avais un employé d'une vingtaine d'années qui recevait souvent la visite d'un potos qui embellissait toutes ses phrases avec "Frère". Et pas juste une fois par phrase: tous les 3 ou 4 mots! "Alors frère, ça gaze? On te vois plus, frère. Tu viens ce soir, frère?" J'avais trouvé ce tic hallucinant. Quand j'ai demandé à mon employé de confirmer si son copain avait bien un tic, il m'a répondu, très étonné: "Ben non, pourquoi?"


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LA PATISSIERE


Le client : « Bonjour, c’est quoi, cette pâtisserie ? »

La pâtissière : «  C’est un sucré/salé.  En fait, c’est pas salé du tout, mais c’est très bon. C’est une brioche sucrée, avec de la crème de Gruyère dessus, sucrée aussi.

- De bruyère ?

- Non, de Gruyère. De la crème, quoi. On dit « de Gruyère » parce que ça fait plus… (elle frotte son index contre son pouce).

- Et c’est bon ?

- C’est excellent, j’en vends tout le temps.

- Alors je vous en prends un. Vous êtes ouverts le dimanche ?

- Ah non, nous on est pâtissiers, pas restaurateurs. De toute façon, tout est fermé ici le dimanche.

- Pourtant, il y a une boulangerie, pas loin, qui…

- Où ça ?

- Sur Florissant.

- Ah mais non, c’est en Haut, ça, ce n’est pas le même quartier. Et puis eux, ils font restaurateurs. C'est une autre clientèle.


- Ah bon, c’est quoi, la différence ?


- ça bouge beaucoup, ça va, ça vient. Et puis ici, c’est des gens qui ont du … (elle frotte son index contre son pouce).


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LUCETTE

Pendant la Guerre, les italiens nous ont amené de la polenta. On n’aimait pas ça. On les appelait les macaronis. Ils étaient assez ridicules avec leurs bonnets à plumes. C’était difficile de les prendre au sérieux.
Quand les américains nous ont libérés, ils ont amené du chocolat. On aurait dit qu’il avait été mélangé avec de la sciure de bois. Il était affreux ! Mais après cinq ans d’occupation et de privation, on le trouvait délicieux ! Vous comprenez, je n’avais jamais connu autre chose.
Avec ma sœur, on nous avait appris que s’il y avait une alerte, on devait quitter tout de suite la maison et aller se réfugier sous un pont de pierre qu’il y avait à deux pas.
Et un jour, une alerte ! Je me suis rué dehors, pendant que ma mère ouvrait toutes les fenêtres. Parce que si une bombe explosait pas loin, avec le souffle, toutes les vitres se brisaient.
Je me suis retrouvée toute seule, en pleine nuit, sous le pont. Ma sœur n’avait pas suivi !
Je suis retournée la chercher. Elle était restée accrochée à la robe de ma mère qui ne s’était aperçue de rien ! La bordée que j’ai prise !
A la Libération, des bals populaires ont surgi de partout. C’était incroyable ! J’y suis allée avec mes parents. Ils ont dansé à n’en plus finir.
Je ne les avais jamais vu danser.


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Charles Moulin, c’était le Tarzan français. Il était beau ! Une belle gueule et une belle voix. Mais très mauvais acteur, très mauvais. Et sourd. Un jour, sur un tournage, au début des années 70, il avait été placé au sommet d’une colline, habillé en berger, avec un chien. Au moment du « top », le metteur en scène lui hurle « Allez-y ». Il n’a rien entendu. Ils ont réessayé plusieurs fois, rien à faire. Un assistant a eu l’idée d’appeler le chien. Le chien est venu, Moulin a suivi.

Ça se tournait dans le Jura, près d’un couvent de Carmélites.
Le cadre était absolument magnifique. On recevait souvent la visite d’Edgar, un type très laid, pas fini, qui était leur homme à tout faire. Il habitait une petite maison crasseuse, presqu’une ruine. Les nonnes l’exploitaient, c’était honteux. Elles résidaient dans ce couvent, bien tenu, propret, alors que lui, il vivait de façon misérable. Mais il les aimait d’un amour sans réserve. Quand l’une d’elles mourrait, il la portait à bout de bras jusqu’au cimetière.
Il s ‘était donné à Dieu et aux nonnes.

Et l’équipe de télévision, elle arrivait avec toutes ses  machines, les acteurs, les techniciens, la cantine. Des moyens conséquents ! Vous croyez qu’y en a un qui aurait levé le petit doigt pour Edgar ? Ils ne savaient même pas qu’il existait.
Ils étaient là pour faire un film, le reste n’avait pas d’importance.
A la télévision, ils ne regardent pas.


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Charles Aznavour, qui a habité Château-Blanc, venait manger au restaurant de Villette. La première fois, au moment de la note, il dit au serveur : « Ah mais moi, je ne paie jamais. » Le serveur, gêné, lui répond : « Ah bon ? Je ne suis pas au courant. Je vais voir avec le patron. »
Ce dernier, averti, remet Aznavour à sa place : « Ici, tout le monde paie. »
Eh bien, Aznavour est revenu y manger très souvent.


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Dans ma jeunesse, je me gargarisais à l’Eau de Javel. C’était radical contre les maux de gorge. Je suis toujours là.


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MIREK

Jérôme Piroué :
Méga beau! C'est quoi comme technique ?  Et quel est le format?

Mirek Marsałek:
Dessin au crayon de couleur Caran d'Ache format A4 un peu nettoyé sur le Photoshop, qui va me servir pour partir dans une peinture mégalo en acryliques 100 sur 130 cm.

Jérôme Piroué :
- Ah ouais! Wow. J'ai hâte de voir ça.

Mirek Marsalek:
- Ca va prendre un temps indéfini.

Jérôme Piroué :
- J'ai hâte indéfiniment.  :)

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PEREC


Nous ignorions sa disparition au jour dit pour GP. RIP infini.

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UNE CHUTE TRES SECHE


Patatras, depuis le 5 Avril 1875, un funeste Lundi, plus de caractères circulaires, alphabétiques et numériques.
Rien n’est plus pareil à partir de cet instant.
Dans le calendrier, le 8 et le 9 restent admis de justesse, mais pas les dizaines, et seuls janvier à juillet, septembre et décembre, in extremis. A terme, il est prévu que 1819 sera suivi de 1921, et 1899 de 1921 et ainsi de suite. Quel chambardement ! Après 1999, c’est le mystère jusqu’en 2111. Un bug cataclysmique !
Les Académies envisagent à l’avenir de dater en caractères latins.

Dans les lettres, le « q » est admis, mais reste indécent.
Plus d’alliances de mariage, signes de malchances et de ruptures futures.
Même une grimace
circulaire des lèvres est mal vue.

Cependant, l’astre du matin se lèvera ainsi que par le passé, et la lune pendant la nuit, pas plus blafarde ni vive qu’avant. Sa Mer de la Tranquillité ne risque rien.

Sur Terre, c’est une affaire radicalement différente. L’humidité est irrémédiablement affectée.
Disparues la mer des Sargasses, la Baltique, la Méditerranée, L’Egée ; l’Atlantique même s’est asséchée. Le Pacifique : pareil. Quand a la pluie, elle a simplement disparue.

Initialement, l’Humanité s’est mal habituée à ce renversement.
Dans le but de d’étancher les êtres vivants, Pasteur parvient à filtrer les urines humaines et animales, il cuit la glace en vapeur qui est injectée en terre dans cet état intermédiaire, sans passer par l’étape aquatique.
L’anglais Priestley, bien avant Perrier, capture des nuages et les enferment dans des récipients en verre.
Le résultat est ensuite vendu à vil prix et désigné « Perles de Vie ».

La musique se déchiffre à présent à l’anglaise : A-B-C-D-E-F et G.
Carmen d’Alexandre Bizet, est un immense succès. Jacques Eberst enchante le gratin avec sa Vie Parisienne et amuse par sa Belle Hélène.

En littérature, le reprint de « Le Carmin et l’Anthracite » de Stendhal est un bide.
David Bushnell met fin à ses velléités submersibles.

Le pêcheur, en manque de liquidité, est ruiné. Il se satisfera de deux haches et rien de plus, bûcheur éméché.
Mais curieusement, la plupart des cultures n’est pas très affectée par l’absence de drache, sûrement grâce à quelque vapeur matinale.
Une fine épaisseur de particules humides parsème de même les prés et désaltère quelque peu l’humain, l’animal et le végétal.
Chez les jardiniers les tubercules rebelles manquent et quelques fruits, ainsi certaines baies à pépins. Mais pas le raisin, la mûre, la cerise et la pêche, clients d’averses.


Les agrumes restent très appréciés, et pas uniquement la Marmande, le grapefruit, et la lime verte. Le kumquat, le cédrat, la bigarade tirent parti du changement, cependant que les Papedas restent immangeables.

Les vaches demeurent, mais plus leurs pendants masculins. Afin d’assurer la pérennité de cette viande sur les assiettes, l’espèce est mise en saillie avec le buffle qui, lui, a perdu sa femelle.
Le vaffle en tartare est parait-il une merveille.

Plus de parcs animaliers dans les villes et ailleurs : Jacques-Henri Bernardin et ses sbires refusent d’abreuver les tigres et leurs équivalents africains avec du whiskey et du rhum. Plus tard, la SPA refuserait de même.
En liberté relative, le cheval de rivière est privé de sa gave, et ses frères marins de leurs gyrus.

Un style inédit de visites de sites précédemment submergés est mis sur pied.
Le lac de Ness, Mackenzie l’affirme, n’a plus de secrets : un cadavre de lézard diapside y est révélé.

Les reliefs marins acquièrent un attrait imprévu.
« C’est renversant ! » s’exclame à sa dame le mari de Pélagie de Riquet de Caraman, Duc de Magenta dans l’Abîme des Mariannes, en villégiatures avec ce dernier et des amis.

Mais un vacarme retentit dans cet abysse caverneux : une masse liquide de plus de 328.112 pieds vient submerger les malheureux.

Et MacMahon, abasourdi, de s’égosiller : « Que d’eau ! Que d’eau ! »

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LES CHOCOLATS.

Bridget : « Tiens, je t’ai amené des chocolats, comme tu les aimes.

Moi :  Merci, ça me touche beaucoup, mais tu sais, le chocolat, ça m’a passé.

-  Ah bon ? Mais pourtant tu adorais ça .

-  Il y a dix ans, oui, mais ça m’a passé.

- Ça t’a passé.

- Oui, un jour je me suis rendu compte que je n’avais plus envie. Je me suis retrouvé avec une boîte que je n’arrivais pas à finir. Ils ont moisi et je les ai jetés.

-  Mais, dans le fond, tu aimes toujours ça ?

 -  (Hésitation) Oui, mais…. Je n’en mange plus.

-  Tu aimais les chocolats et maintenant tu n’en manges plus ?

-  C’est ça, j’ai changé.

-  Mais on ne change pas comme ça !

-  Hé bien si.

-  Mais là, si je t’offre ceux-ci, tu les mangeras, non ?

- (Hésitation) Oui, (puis, après avoir réfléchi) mais non, en fait. Ce serait mieux que tu les offres à quelqu’un d’autre.

-  Alors ça, c’est trop fort ! Je t’offre un cadeau et tu n’en veux pas !

-  Non, non, ce n’est pas ça…

-  Mais, dis-moi, la dernière fois que je t’en ai offert, tu les as mangés quand même ?

-  Heu… non, en fait.

-  Incroyable ! Tu aurais pu me le dire plus tôt !

-  Mais je te l’ai dit ! C’est au moins la 6ème fois que je te le dis.

-  T’es gonflé quand même ! Tu penses que je suis débile ou quoi ?

-  Pas du tout ! Ecoute, je suis désolé : ça me fait très plaisir. Oublie tout ce que je viens de te dire.

-  Je préfère, oui.



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HOME ALONE

Je réécoute les musiques de « Jaws » et « Jaws 2 » tous les étés. Quand j’avais mon magasin, j’y passais souvent « Home Alone » et « Home Alone 2 » pour les clients pendant la période de Noël, mais depuis que le magasin a fermé, je les écoute juste seul à la maison.



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CE QUI M'ENERVE


CONSOMMATION

Les hottes de cuisinières ne servent à rien. Elles dépensent à peu près autant d’électricité qu’un aspirateur et pour quel bénéfice ? Prersqu'aucun.
On obtient un meilleur résultat, plus écologique et silencieux, en ouvrant une fenêtre.
Ça sent un peu la cuisine pendant quelques minutes? Quant aux projections de graisses, elles ne sont pas aspirées par la hotte.
J’ai testé pendant plus d’une année et n’ai constaté aucune accumulation de graisse au-dessus de la cuisinière. 
Et ces engins sont présents dans presque toutes les cuisines du monde. Des milliards de hottes, fabriquées, stockées, livrées, installées, nettoyées et remplacées, et qui fonctionnent jour après jour, dépensant une quantité astronomique d’énergie…. Pour rien.

Dans le même ordre d’idées, un nombre hallucinant de pastilles de vitamines C est fabriquée et consommée dans le monde.
Il est reconnu qu’une personne qui mange de manière rationnelle, un ou deux fruits par jour, des légumes, des produits laitiers, consomme suffisamment de vitamine C pour subvenir aux besoins du corps.
L’excédent est éliminé dans les urines, et donc, fatalement, aussi le contenu de ces pastilles.
Idem pour les placebos, 80 % des médicaments du marché selon une rumeur tenace, et les médicaments homéopathiques, qui sont aussi des placebos.
Et le catalogue des produits inutiles ne s’arrête pas là.
Des commissions gouvernementales devraient étudier ce phénomène et en éradiquer la production.

DEMENCE

Donald, monsieur d’un âge avancé, est obsédé par les douches et les W.C.  qui ont un débit d’eau insuffisant.

Jimmy, la soixantaine, a décidé en 2020 qu’il ne se vaccinerait pas contre le Covid, car « dans deux ans, vous serez tous morts ».

Un amie qui ne cesse de m’envoyer des messages complotistes ou à tendance extrême droite dont les sources sont complètement foireuses. Je dois à chaque fois aller vérifier, faire la part du vrai et du faux pour, presque à chaque fois, constater que tout est faux.
Et quand je lui recommande de vérifier ses sources avant de polluer ma boîte de messages, elle n’en tient pas compte.

Lorsque je lui demande « c’était quand déjà, mon dernier séjour à l’hôpital ? » qui s’était déroulé deux ans avant, elle n’en a aucun souvenir. Je lui en rappelle différents détails, y compris le fait qu’elle m’y a amené.
Finalement, elle justifie son oubli, elle explique « mais, tu comprends, ça ne m’est pas arrivé à moi. »

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Depuis des années, j’achete deux parts de gâteaux quand je fais des courses, dans l’idée que si je ne les mange pas les deux le jour même, j’aurai une part de réserve pour le lendemain. Depuis plusieurs mois, une de ces parts finira à la poubelle. Je le sais et je m’en souviens au moment de les acheter, mais je n’arrive pas à réfréner ma pulsion gourmande.


DROGUES
En 1995,  Clinton part en guerre contre les grands cigarettiers américains. Démarche paradoxale : il leur propose une exonération totale de toutes poursuites contre  une transparence totale sur leurs archives. Ils se sont retrouvés contraints à révéler qu’ils avaient sciemment conçu un cocktail chimique toxique, qui a depuis été repris par tous les concurrents.
Les dangers de la cigarette sont largement connus depuis les années 70 et depuis 80 ans que les sociétés du tabac investissent dans des campagnes de pub tellement énormes que tout individu normalement constitué aurait dû ce méfier. Ces sociétés se sont par exemple vantées que telle marque est moins toxique les autres, ou que les filtres protègent des effets nocifs !
La première campagne française anti-tabac date de 1976, mais les méfaits sont connus depuis 1947.
Et pourtant, des centaines de millions d'individus par année continuent de se mettre au tabac.


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PROPOS FOUS.


Je me réveille. J’ai été opéré. Je suis maintenant une femme.

Dès ce moment, je deviens Hélène Paget.

Pour arriver à ce résultat, on a cloné mon ancien corps, chaque fois avec des petites modifications, 17 fois, selon le schéma ci-dessous.


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J’ai le visage allongé et fin, un corps svelte, des cheveux raides, des petits seins bien fermes. Un corps de femme de trente ans qui n’a pas souffert de l’outrage du temps, sûrement lisse et doux au touché.

Je baigne dans un tel bonheur que j’ose à peine le confirmer de mes mains. Mais il faut bien.
Je les fais glisser sous le drap, vers mes hanches, mes côtes, mon cou, mes joues.

J’ai des poils. Des poils sur les joues, sous le nez, tout autour de la bouche, sur et sous le menton.
Et je n’ai pas de seins.
Je ne suis pas une femme.

Je refais connaissance avec Elliot Paget, 62 ans, opéré pour un problème d’intestins, ridé, crevassé, abîmé, usé. J’ai des bourrelets, du ventre, une chair triste de partout.

La vision de cette Hélène de 30 ans que j’ai cru être pendant un bref instant s’estompe.

Il me revient les paroles de l’anesthésiste. Elle m’avait dit :

« On utilise le meilleur anesthétique au monde. C’est du Propofol. Tout va bien se passer.

- Du Propofol ? Et c’est censé me rassurer ?

- Ben oui. Pourquoi pas ?

- Vous rigolez ? Des gens en sont morts !

- Mais qu’est-ce que vous racontez ?

- Michael Jackson, ça vous ne dit rien ? »

Elle a à peine 25 ans. C’est possible qu’elle ne le connaisse pas. D’ailleurs, elle me répond :

« Qui ? » puis elle marque un arrêt. Ca lui revient, comme une vague légende urbaine rapportée par ses aînés. « Aaaah oui, je vois. Mais lui, il en a pris de manière récréative. Ce n’est pas du tout la même situation. Ici, on contrôle très précisément la dose. Allez, inspirez bien fort. Vous verrez, on fait des rêves formidables. En plus, En tant qu’amateur de Science-Fiction, vous allez adorer. »

A ce stade, avec un masque pressé sur le visage, je suis déjà bien shooté à l’oxygène pur. Puis la sensation évolue notablement. Une onde se forme, amplifie, m’envahit totalement. Puis, plus rien.

Le Propofol, quelle merveille.


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LEGACY

I was talking to an old friend yesterday and I realized something... this Facebook page is really going to be my monument. One of these days I am gonna take that one-way trip and this will be most of what's left of me. My thoughts and feelings, my art and music... We are all kind of writing our own autobiographies here, aren't we?  Ralph Reese.


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BERTHE

C’était l’horreur ! Je m’étais pourtant bien organisée. J’avais réservé un billet de 1ère dans le TGV Paris-Biarritz pour le 25 juillet. En 1ère, parce que, bon, la 2ème , on dira ce qu’on veut, mais en 2022, sur les longues distances, c’est juste pas possible. Arrivé à la hauteur de Bordeaux, le convoi ralentit jusqu’à s’arrêter complètement. Non mais, tu te rends compte, en pleine campagne. Et puis le temps était couvert, une brume épaisse, en plein mois de juillet. Hallucinant. Heureusement, la clim’ est restée allumée, mais pour combien de temps ? Alors, tu me connais, je m’inquiète pas facilement. Je me suis replongée dans mon Cosmo. Deux articles plus tard, on n’a toujours pas bougé. Certains passagers sont descendus sur les voies, les idiots. Ca se bouscule, ça tousse et ça pleure. Non mais, .je te jure. En fait, la brume, c’était pas de la brume. Quelque chose brûlait, quelque part. Et le train s’arrête pour ça. C’est bien la France. J’ai fini par descendre aussi, avec ma valise, mon sac à main. L’horreur, je te dis. Finalement, j’en ai eu marre, j’ai appelé un taxi. Mais la ligne était occupée. J’ai essayé un autre numéro, puis un autre, et un autre. Finalement, ça répond. Merci la 5G. Je lui indique que je suis sur la ligne du TGV à la hauteur de Cazaux. Il me dit qu'il comprend. Ca fait depuis deux jours qu'il est appelé pour des appels similaires. Et tous ces collègues pareils. Je poireaute quand même plus de vingt minutes, assise sur ma valise, avant qu'il se pointe, avec des crétins qui vont et viennent, qui s’engeulent dans toutes les langues, dans toutes les couleurs, et les enfants qui braillent ! Mais tu me connais, je suis restée digne, je n’ai pas répondu aux provocations, Ou si peu. De toutes façons, je n’ai pas compris ce que le métèque me voulait. Le taxi arrive : « Biarritz ! » je lui fais. « Biarritz-Gare ?» il me répond. « Oui, go, go, go ! » Je lui balance quelques billets pour qu’il mette le turbo. Par miracle, ma voiture chez Europcar m’attendait, toute mimi et qui sentait le cuir neuf. J’ai pu rejoindre Anglet avec juste deux heures de retard. J’avais survécu.

La SNCF remboursera le billet, je me suis renseignée, mais le stress, le début de bronchite, ça, à tous les coups, c’est pour ma pomme.


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LES SABLES

Au début, On ne s’est pas vraiment inquiété. Je dis « au début » mais tout s’est passé très vite.
Ce matin, lorsque mon chien s’en est approché, il ne s’est pas méfié du tout. C’était une flaque d’aspect tout-à-fait ordinaire. Il y a plongé ses pattes et tout de suite il s’est enfoncé. Je l’en ai tiré juste avant qu’il ne disparaisse.

Les flaques ont envahi le quartier, dissolvant indifféremment trottoirs, route et pelouses, avalant des voitures entières et leurs passagers, des piétons, des lampadaires, des caissettes à journaux.

De retour chez moi j’ai consulté internet et la télévision.
Pendant un instant, j’ai cru que l’immeuble avait bougé.
Sur une chaîne locale, un animateur a prétendu que le Centre-Ville avait presque entièrement disparu.
Il s’en est suivi un débat entre des personnalités diverses qui n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur les mesures à prendre.

Ils projettent que d’ici la fin de la journée, le monde entier aura été englouti par les sables. 

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CE QUI M'ENERVE

CONSOMMATION

Les hottes de cuisinières ne servent à rien. Elles dépensent à peu près autant d’électricité qu’un aspirateur et pour quel bénéfice ? Prersqu'aucun.
On obtient un meilleur résultat, plus écologique et silencieux, en ouvrant une fenêtre.
Ça sent un peu la cuisine pendant quelques minutes? Quant aux projections de graisses, elles ne sont pas aspirées par la hotte.
J’ai testé pendant plus d’une année et n’ai constaté aucune accumulation de graisse au-dessus de la cuisinière. 
Et ces engins sont présents dans presque toutes les cuisines du monde. Des milliards de hottes, fabriquées, stockées, livrées, installées, nettoyées et remplacées, et qui fonctionnent jour après jour, dépensant une quantité astronomique d’énergie…. Pour rien.

Dans le même ordre d’idées, un nombre hallucinant de pastilles de vitamines C est fabriquée et consommée dans le monde.
Il est reconnu qu’une personne qui mange de manière rationnelle, un ou deux fruits par jour, des légumes, des produits laitiers, consomme suffisamment de vitamine C pour subvenir aux besoins du corps.
L’excédent est éliminé dans les urines, et donc, fatalement, aussi le contenu de ces pastilles.
Idem pour les placebos, 80 % des médicaments du marché selon une rumeur tenace, et les médicaments homéopathiques, qui sont aussi des placebos.
Et le catalogue des produits inutiles ne s’arrête pas là.
Des commissions gouvernementales devraient étudier ce phénomène et en éradiquer la production.

DEMENCE

Donald, monsieur d’un âge avancé, est obsédé par les douches et les W.C.  qui ont un débit d’eau insuffisant.

Jimmy, la soixantaine, a décidé en 2020 qu’il ne se vaccinerait pas contre le Covid, car « dans deux ans, vous serez tous morts ».

Un amie qui ne cesse de m’envoyer des messages complotistes ou à tendance extrême droite dont les sources sont complètement foireuses. Je dois à chaque fois aller vérifier, faire la part du vrai et du faux pour, presque à chaque fois, constater que tout est faux.
Et quand je lui recommande de vérifier ses sources avant de polluer ma boîte de messages, elle n’en tient pas compte.

Lorsque je lui demande « c’était quand déjà, mon dernier séjour à l’hôpital ? » qui s’était déroulé deux ans avant, elle n’en a aucun souvenir. Je lui en rappelle différents détails, y compris le fait qu’elle m’y a amené.
Finalement, elle justifie son oubli, elle explique « mais, tu comprends, ça ne m’est pas arrivé à moi. »

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Depuis des années, j’achete deux parts de gâteaux quand je fais des courses, dans l’idée que si je ne les mange pas les deux le jour même, j’aurai une part de réserve pour le lendemain. Depuis plusieurs mois, une de ces parts finira à la poubelle. Je le sais et je m’en souviens au moment de les acheter, mais je n’arrive pas à réfréner ma pulsion gourmande.


DROGUES
En 1995,  Clinton part en guerre contre les grands cigarettiers américains. Démarche paradoxale : il leur propose une exonération totale de toutes poursuites contre  une transparence totale sur leurs archives. Ils se sont retrouvés contraints à révéler qu’ils avaient sciemment conçu un cocktail chimique toxique, qui a depuis été repris par tous les concurrents.
Les dangers de la cigarette sont largement connus depuis les années 70 et depuis 80 ans que les sociétés du tabac investissent dans des campagnes de pub tellement énormes que tout individu normalement constitué aurait dû ce méfier. Ces sociétés se sont par exemple vantées que telle marque est moins toxique les autres, ou que les filtres protègent des effets nocifs !
La première campagne française anti-tabac date de 1976, mais les méfaits sont connus depuis 1947.
Et pourtant, des centaines de millions d'individus par année continuent 
de se mettre au tabac.


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PROPOS FOUS.


Je me réveille. J’ai été opéré. Je suis maintenant une femme.

Dès ce moment, je deviens Hélène Paget.

Pour arriver à ce résultat, on a cloné mon ancien corps, chaque fois avec des petites modifications, 17 fois, selon le schéma ci-dessous.


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J’ai le visage allongé et fin, un corps svelte, des cheveux raides, des petits seins bien fermes. Un corps de femme de trente ans qui n’a pas souffert de l’outrage du temps, sûrement lisse et doux au touché.

Je baigne dans un tel bonheur que j’ose à peine le confirmer de mes mains. Mais il faut bien.
Je les fais glisser sous le drap, vers mes hanches, mes côtes, mon cou, mes joues.

J’ai des poils. Des poils sur les joues, sous le nez, tout autour de la bouche, sur et sous le menton.
Et je n’ai pas de seins.
Je ne suis pas une femme.

Je refais connaissance avec Elliot Paget, 62 ans, opéré pour un problème d’intestins, ridé, crevassé, abîmé, usé. J’ai des bourrelets, du ventre, une chair triste de partout.

La vision de cette Hélène de 30 ans que j’ai cru être pendant un bref instant s’estompe.

Il me revient les paroles de l’anesthésiste. Elle m’avait dit :

« On utilise le meilleur anesthétique au monde. C’est du Propofol. Tout va bien se passer.

- Du Propofol ? Et c’est censé me rassurer ?

- Ben oui. Pourquoi pas ?

- Vous rigolez ? Des gens en sont morts !

- Mais qu’est-ce que vous racontez ?

- Michael Jackson, ça vous ne dit rien ? »

Elle a à peine 25 ans. C’est possible qu’elle ne le connaisse pas. D’ailleurs, elle me répond :

« Qui ? » puis elle marque un arrêt. Ca lui revient, comme une vague légende urbaine rapportée par ses aînés. « Aaaah oui, je vois. Mais lui, il en a pris de manière récréative. Ce n’est pas du tout la même situation. Ici, on contrôle très précisément la dose. Allez, inspirez bien fort. Vous verrez, on fait des rêves formidables. En plus, En tant qu’amateur de Science-Fiction, vous allez adorer. »

A ce stade, avec un masque pressé sur le visage, je suis déjà bien shooté à l’oxygène pur. Puis la sensation évolue notablement. Une onde se forme, amplifie, m’envahit totalement. Puis, plus rien.

Le Propofol, quelle merveille.


LE CALVAIRE DE DANTE 1 : GERALD DAMIEN ET MISSY JONES


J’ai perdu connaissance.
Je prends appui sur les mains, une onde de douleur remonte des genoux. Des vêtements, pas les miens sont étalés sont autour.
« Et bien on est tombé ! » dit une voix de colosse avec une inflexion moqueuse. Je lève les yeux mais des larmes voilent ma vision.
Je m’agrippe à une barre métallique. On dirait un présentoir disloqué.
Je tremble de partout.
Des grosses mains se posent sur mes épaules, puis sous mon coude :
« Tu arrives à te lever ? »
Je n’arrive pas.
« Je vais te coucher sur le dos. » A nouveau, ses mains m’agrippent et me retournent avec souplesse, comme si j’étais un nouveau-né qu’on s’apprête à tapoter sur le dos.
Suis-je un nouveau-né ?
Il ne me tapote pas.
« Ton nom, tu te souviens ? » Puis « Comment on t’appelle ? »
« Dante. »
« Juste Dante ? »
« Je crois. »
« Juste Dante, alors. »
Il pourrait faire peur, avec sa corpulence qui occupe tout mon champ de vision, sa barbe taillée en pointe sous le menton, sa veste en cuir et ses pattes de satyre… Ah non, des pantalons et des bottes assorties à sa veste.
« Et vous », j’esquisse, « vous êtes qui ? »
Son visage s’éclaire d’un grand sourire, étincelant. Sa peau vire au doré.
« Gérald. Damien. Gérald Damien. » Il se retourne, et je découvre une silhouette très élancée, fine, emballée dans un manteau style panthère. « Et elle, c’est ma compagne, Missy Jones. »
Je lui fais un signe de la main.
« Miss… Jones ? »
« Missy Jones » elle me confirme d’un ton suave.
« Vous êtes très… suave. » Puis je me reprends. « Je vous remercie, ça va aller. Je vais juste rester couché quelques minutes. Faut pas vous en faire pour moi. » Damien fait non de la tête. « J’ai souvent ce genre de malaises, j’ai une note du médecin. » Ma vision se brouille à nouveau. « N’appelez surtout pas d’ambulance, il me faut juste quelques minutes. » Je me répète. Je n’en mène pas large.
« Tu sais ce qu’on va faire ? » me dit le colosse. « Il y a un espace bistrot vers la sortie du centre commercial. On t’y emmène, on boit un café et si après ça, tu vas vraiment mieux, on te laisse. Ok ? »
Pourquoi il me tutoie, l’autre ? Mais c’est un bon plan. J’aurais pas fait mieux.

De nouveau, le colosse, Gérald, m’empoigne comme un sac, mais avec grande souplesse, et me dresse.
« Tu tiens debout ? » Il me lâche une seconde et mes genoux aussi. « Pas de soucis, je te tiens. »
Je flotte alors littéralement à travers le magasin, avec ses panneaux et ses présentoirs standardisés de vestons et de manteaux à perte de vue. A travers les fenêtres, le ciel est invisible.
« On est où ? »
« Hades. »
« Hades ? »
« Le Centre Commercial. Hades. (Une pause.) Et voilà, on est arrivé. »
Il me lâche dans un siège qui semble assez confortable, mais celui-ci glisse sur le carrelage en crissant abominablement. Le hurlement du métal me déchire le crâne. En plus, il est bancal.

« Alors, un café ? »
« Un thé si possible. Earl Grey s’ils ont. Avec une tranche de citron et trois sucres. »

Pendant que Damien, ou Gérald (je ne sais plus) s’absente, mon attention peut se reporter sur sa panthère…

« Miss… »
« Missy »
« Je suis désolé de vous causer tous ces soucis… »
Elle fait une moue que je traduis par « Pas de soucis. J’ai l’habitude. »
Ah bon ?
Elle sourit. J’ai parlé à voix haute ?
« Vous êtes vraiment très… »
« Et Hop » Gérald est de retour avec les boissons. « Un thé froid pour le Monsieur, une bière pour moi, et Missy… comme d’habitude. »
Bon, pour le Earl Grey, on repassera. Si je ne précise pas, une fois sur deux, dans les bistrots, c’est un thé froid qu’on me sert, comme ici. En termes de bière, celle de Damien est un bock d’un litre coloré à la grenadine.
Pour Missy, il n’a pas précisé, mais ça doit être un jus de tomates, servi dans une flute.
Mon thé est immonde. Plus que chimique, avec comme un arrière goût de Javel.

« Vous venez souvent ici ? »
« Si on y vient souvent ? » Gros rire tonitruant. « On y habite carrément ! Et toi alors ? On peut se tutoyer hein ? »
« Bien sûr. « 
« Et toi, c’est la première fois ? »
Je ne suis pas sûr.
« Je crois. Ou alors, je ne suis pas venu depuis longtemps ! »
De nouveau ce rire tonitruant. Il me sert sous son bras, me tape la poitrine. Qu’est-ce qu’il est tactile. D’habitude, je n’aime pas du tout, mais là, je n’arrive pas à lui refuser.
Je remarque l’enseigne du bistrot : « La Barque à Caron. »
« Alors, ça va mieux ? »
« Je crois » J’ai bu la moitié de mon thé sans m’en rendre compte. Je baigne dans la Javel.
Il se lève et m’invite à faire pareil. De nouveau, je sens ses mains se balader un peu partout.
Il me prend les deux poignets, me passe brièvement la main dans les cheveux, me déstabilise d’une tape sur le bras droit, puis me prend le nez, comme on le ferait à un enfant.
A ce moment, un type intervient :
« Tout va bien ? »
Damien Gérald lève les bras et enlace presque le nouveau :
« Caron, mon ami ! Je te présente Dante. Il a eu un petit souci. » Puis à mon intention : « Je suis désolé, on doit filer. Caron va prendre la relève.


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LES GATEAUX.

Bridget : « Tiens, je t’ai amené des petits gâteaux, comme tu les aimes.

Moi :  Merci, ça me touche beaucoup, mais tu sais, les gâteaux, ça m’a passé.

-  Ah bon ? Mais pourtant tu adorais ça .

-  Il y a six ans, oui, mais ça m’a passé.

- Ca t’a passé.

- Oui, un jour je me suis rendu compte que je n’en avais plus envie. Je me suis retrouvé avec une boîte que je n’arrivais pas à finir. Ils ont moisi et je les ai jetés.

-  Mais, dans le fond, tu aimes toujours ça ?

 -  (Hésitation) Oui, mais…. Je n’en mange plus.

-  Tu aimais les gâteaux et maintenant tu n’en manges plus ?

-  C’est ça, j’ai changé.

-  Mais on ne change pas comme ça !

-  Hé bien si.

-  Mais là, si je t’offre ceux-ci, tu les mangeras, non ?

- (Hésitation) Oui, (puis, après avoir réfléchi) mais non, en fait. Ce serait mieux que tu les offres à quelqu’un d’autre.

-  Alors ça, c’est trop fort ! Je t’offre un cadeau et tu n’en veux pas !

-  Non, non, ce n’est pas ça…

-  Mais, dis-moi, la dernière fois que je t’en ai offert, tu les as mangés quand même ?

-  Heu… non, en fait.

-  Incroyable ! Tu aurais pu me le dire plus tôt !

-  Mais je te l’ai dit ! C’est au moins la 4ème fois que je te le dis.

-  T’es gonflé quand même ! Tu penses que je suis débile ou quoi ?

-  Pas du tout ! Ecoute, je suis désolé : ça me fait très plaisir. Oublie tout ce que je viens de te dire.

-  Je préfère, oui.

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THE END

William Wray :
« In the end, this is the end.”

Jérôme Piroué :
« 
Or the beginning of a beautiful endship.”

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PERSISTANCE



Je me souviens encore, 36 ans après, de Karine se présentant chez moi trempée de la tête au pied.

De toutes les filles que je côtoyais à l’école, c’est celle qui m’avait fait la plus forte impression. 
Elle irradiait d’une énergie particulière, dans son visage lumineux, son corps sportif, et sa voix toujours enjouée et volontaire. De plus, elle semblait singulièrement abordable, contrairement à d’autres, plus hautaines ou réservées.

Un soir, dans ma chambre d’adolescent, j’étais perdu dans une rêverie fantasmatique la concernant et l’orage grondait à l’extérieur. La pluie s’est mise à tomber en rideaux contre la fenêtre, et j’ai alors imaginé qu’elle s’était laissé surprendre par cette bourrasque devant chez moi. 
Elle avait sonné à ma porte et je l’avais découverte sur le seuil, ruisselant de pluie, attendant que je la laisse rentrer et que je la prenne dans mes bras.

Chaque fois que le ciel gronde, j’y repense. 


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COCOON

Si vous buvez un litre d’eau de Javel, vous irez en Enfer et vous serez condamné à regarder « Cocoon » en boucle.  Ce qui veut dire plusieurs fois.

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RISETTE DU MATCHA A RONDS « OKLAHOMA!» AUTOUR DE L'HIBISCUS.

Danse là d’un rouleau, mise l’amour d’avant, ah, mes griffés jusqu’à tenir une poutre ferme au bout scié. Après avoir misé, tonds le kaoma en bouche, si troublante et si refroidie. Garde les glandeuses au jouet éclectique.
Une fois soucieux, tu brutes ce moule que l’on dit sourd, à souhait énergétique.
Il faut, outre de l’avent, sûre, frotter ces glandeuses, et du brut en sort.
Sans l’abus d’un fourreau, tu brises l’amour précédent, ah, mères fripées pour s’attenir, une outre de ferme au toucher.
Immerger les aléas dans la Meuse. Ménager la vulgarité à coup vache.
Un corps doré, des liches amantes, l’hommage d’âmes lourdes des amants pourpres. 
Encore des ligaments, glacent et cachent là-haut, en joue glandeuses battues haut bol, sept fois !
Prêche au fer le tour, à sang, le quintet hantent le puit-maître et les hibiscus, pendent en quinze mines. Sot, retire la blague et baisse le raide.
Ganesh choléra, carême lit : « Quid ? »

Pré-brûle carême lit « Quid ? » aussi. Elle ferait mirer l’averse et sur le choléra danse un derrière de gallinacé.
Au cours sable bizute, met l’ange de Ganesh à la tête de manche fuchsia bigarré.
Si Ganesh a la conscience d’une tarte, la transmuter dans le jabot épaulé de sa couille et gaver les poules avant de les cultiver. Discuter le bail avec les matchs au cellier, les pourceaux succombent.


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PAUL LANCON SUR FACEBOOK EN 2017

Paul Lançon:
S'apprête à laver son frigo

Jérôme Piroué :
 S'apprête à s'en tamponner.

Paul Lançon :
Si Mr Piroué pouvait m'épargner son ironie mordante. Cet événement se produit tous les six mois ou six ans ? C'est pas souvent... Cette tâche ménagère semble banale et sans héroïsme. Pourtant elle exprime une profonde sagesse. Laver mon frigo est une victoire sur la procrastination - ce fléau maudit - et donc sur moi-même.
Mr Piroué peut-il en dire autant?

Jérôme Piroué: Sur la procrastination, oui.


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TRANSGENRE.X

Une question qui mérite d'être posée: faut-il d'avantage respecter une personne transgenre qu'une autre?
Car un transgenre féminin n'est jamais qu'un homme qui prend l'apparence d'une femme sans en assumer les inconforts, non?
Pas de règles, d'enfantement ou de ménopause...
A l'inverse, la transgenre masculine n'a à craindre ni des pannes sexuelles ni de procréer.
De ce point de vue, le transgenre est bien l’inférieur de la femme et de l'homme.

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LES BONBONS A LA MENTHE.

Bridget : « Tiens, je t’ai amené des bonbons à la menthe, comme tu les aimes.

Moi :  Merci, ça me touche beaucoup, mais tu sais, les bonbons, ça m’a passé.

-  Ah bon ? Mais pourtant tu adorais ça.

-  Il y a 4 ans, oui, mais ça m’a passé.

- Ca t’a passé.

- Oui, un jour je me suis rendu compte que je n’en avais plus envie. Je me suis retrouvé avec un paquet que je n’arrivais pas à fini, et je les ai jeté.

-  Mais, dans le fond, tu aimes toujours ça ?

 -  (Hésitation) Oui, mais…. Je n’en mange plus.

-  Tu aimais le bonbons et maintenant tu n’en manges plus.

-  C’est ça, j’ai changé.

-  Mais on ne change pas comme ça !

-  Hé bien si.

-  Mais là, si je t’offre ce paquet, tu le mangeras, non ?

- (Hésitation) Oui, (puis, après avoir réfléchi) mais non, en fait. Ce serait mieux que tu l’offres à quelqu’un d’autre.

-  Alors ça, c’est trop fort ! Je t’offre un cadeau et tu n’en veux pas !

-  Non, non, ce n’est pas ça…

-  Mais, dis-moi, la dernière fois que je t’en ai offert, tu les as mangés quand même ?

-  Heu… non, en fait.

-  Incroyable ! Tu aurais pu me dire plus tôt !

-  Mais je te l’ai dit ! C’est 2ème fois que je te le dis.

-  T’es gonflé quand même ! Tu penses que je suis débile ou quoi ?

-  Pas du tout ! Ecoute, je suis désolé : ça me fait très plaisir. Oublie tout ce que je viens de te dire.

-  Je préfère, oui.



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LUCIE S. SUR FACEBOOK EN 2020  :

Vous savez chaque année avec le beau temps qui revient et les petites tenues légères, moi qui adore les robes, je poste souvent mes évènements de harcèlement de rue. Et cette année, je me vois navrée de vous annoncer qu'il ne se passe rien de tout ça! Non, rien de rien.

Alors oui, je me lève le matin, je me prépare, je me maquille, je mets toujours mes petites robes.

Et quand je sors, personne. Je croise de temps en temps deux ou trois passants qui m'évitent. Ils me disent à peine « Bonjour ». Au supermarché il n'est même pas question qu'on me frôle une fois, ou qu'on se permette de me regarder de façon déplacée.

Alors c'est vrai, je ne supporte pas bien cette période. Et je sais qu'on est nombreux à mal la vivre. Mais, sérieusement, ça fait du bien cette pause de harcèlement de rue.

Par contre, il y a une terrible augmentation de la violence domestique depuis le début du confinement.


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LE CALVAIRE DE DANTE : LE MUR



Il y a un mur tout gris, en béton.

Je tape trois coups.

Trois coups me répondent. Je réitère, accompagné d’un

« Y a quelqu’un ? »

L’écho me renvoie la réponse. Je réessaye, même résultat. Ce coup-ci, je ne fais que taper trois coups et l’écho me répond avec aussi :

« Y a quelqu’un ? »

Enfin !

Je réponds : « Je suis enfermé de ce côté-ci. C’est comment de l’autre côté ? »

L’autre, une voix très étouffée, distordue :

« Vous êtes qui ? »

«  Je m’appelle Dante, et vous ? »

«  Pourquoi ? »

« Juste pour savoir. Il y a une ouverture de votre côté ? Une porte ? Une poignée ? »

« Pourquoi je vous dirais ? Je ne vous connais pas. »

« Je m’appelle Dante. » Elle me rappelle quelqu’un que j’ai bien connu. Je tente : « Béatrice ? »

« Vous m’avez dit « Dante ». Décidez-vous. »

« Je m’appelle Dante. Vous vous appelez Béatrice ou pas ? »

«  Je ne vous dirai pas. On ne se connait pas. »

« Mais si, tu es Béatrice. Tu…vous êtes ma sœur. »

« Votre sœur ? J’ai bien eu un frère… »

« Dante. »

« Peut-être. Mais il ne m’a jamais vouvoyée. Vous savez, je ne suis pas complètement idiote. »

C’est bien elle.

Moi : « J’ai cherché une ouverture. Je n’ai rien trouvé. »

« Ben continuez à chercher. »

« Et de ton côté. » Une longue pause. « Est-ce qu’il y a une ouverture ? »

« Et pourquoi ? »

« Comme ça je pourrais venir te rejoindre. »

«  Je ne sais pas si j’ai envie. »

« On pourra chercher une sortie ensemble. »

« Je suis bien ici. »

Je renonce :

« Bon alors je te laisse. »

Un long silence, puis :

Elle : « Ne partez pas. » Un silence, puis « J’aime bien vous parler. »

« Trouve quelqu’un d’autre. »

« Il n’y a personne d’autre. » Avec ce ton plaintif qui m’exaspère.

« Désolé, je m’en vais. » Je bluffe, je n’ai nulle part où aller. Je peux juste m’éloigner un peu.

« Attendez, j’ai trouvé quelque chose ! »

« Tu as trouvé quoi ? » Un silence insoutenable, puis :

« Je ne suis pas sûr. On dirait… non, je me suis trompé. »

Long silence.

« Vous êtes toujours là ? « Une pause, puis « Dante ? »

« tu te souviens de mon nom à présent ? »

« Ah ben oui, quand même. »

Long silence, puis je tente à nouveau :

« C’est comment de ton côté ? »

Pas de réponse. Je poursuis :

«  Chez moi, c’est une grande pièce blanche, sauf ce mur-ci qui est gris. Et chez toi ? »

« Ah. Pas chez moi. »

« C’est comment ? »

« C’est un joli appartement, dans le quartier des Eaux-Vives. Des grandes pièces. C’est sous les toits. On a une vue imprenable… »

« Je ne disais pas « chez toi chez toi ». Ici. »

« Ici, c’est pas chez moi. »

« Et ? »

« Et quoi ? »

Je pourrais m’exaspérer encore plus, mais je suis anesthésié. Et je commence à comprendre.

« Et c’est comment ? »

« Une grande pièce. Blanche. »

« Toute blanche ? »

« En fait, non, c’est plutôt… »

« Oui ? »

« Plutôt blanc cassé. » Evidemment. « C’est du beau travail. On dirait de la dispersion. »

« Justement, on se disperse là. »

Long silence.

« Vous vous moquez de moi. Vous n’êtes pas sympa. »

« J’essaie de trouver un moyen de sortir de ce piège et tu finasses sur le blanc des murs. »

« Désolé, on n’est pas tous pareils. On a chacun ses petits problèmes. Par exemple, moi, j’ai eu une amie qui a dû écourter ses études. Elle est partie en Chine retrouver sa mère qui vivait misérablement… »

« Et ? »

« Sa mère a insisté pour lui présenter tous les célibataires qu’elle connaissait, mais Diane, elle s’appelait Diane, elle a rencontré un Péruvien, et elle l’a épousé pour échapper à sa mère.
Ils ont fini par rentrer au Pérou, mais il n’arrivait pas à trouver du travail. Il a cherché cherché, mais comme il ne trouvait rien, elle l’a quitté pour rentrer en Suisse et reprendre ses études. Mais finalement, ça ne la motivait pas non plus. Alors elle est partie en Afrique chez des Peules. »

« C’est qui, ces Peules ? »

« C’est une tribu d’Afrique. »

« Donc elle a vécu avec des Peules, dans des huttes ? »

« Pourquoi vous me parlez de huttes ? »

« Je ne sais pas, j’ai du mal à te suivre. »

« C’est pourtant simple, elle est d’abord partie en Chine, puis au Pérou, puis elle est rentrée, et ensuite ça a été l’Afrique. »

« Et ? »

« Et quoi ? »

«  Ben la suite… »

« Quelle suite ? »

« La suite de ton histoire. Ta copine.. »

« Ah, mais je ne connais pas tous les détails. »

« Oui, mais l’histoire ne peut pas s’arrêter là. »

« Et pourquoi pas ? »

Oui, pourquoi pas au fond.

« Et vous ? » demande Béatrice.

« Moi quoi ? »

« Vous êtes marié ?»

« Je ne sais plus. »

Un silence, puis:

« C’est bien les hommes, ça.» lâche Béatrice.


+++++++


ON NE ME PAIE PAS AU MOT.


+++++++++



11/06/2025
Note de l'auteur: je rappelle que ceci est un WIP, autrement dit une création en cours d'élaboration. D'autres chapitres (nombreux, j'espère) vont se rajouter dans les semaines et mois à venir. Par exemple, plusieurs chapîtres seront normalement rajoutés entre "
LE CALVAIRE DE DANTE 1 : GERALD DAMIEN ET MISSY JONES" et "LE CALVAIRE DE DANTE : LE MUR".

N'hésitez pas à me signaler si vous avez trouvé des erreurs, lu des passages pas clairs, des fautes de styles ou juste trouvé PAS BON! A peluche. 



 

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